07 mars 2010

Quelques regards suffisent

                                                                     

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Quelques regards échangés, deux ou trois sourires gênés pour excuser une exiguïté avec comme seule parole prononcée « Désolé ». Les heures passent, chacun s'occupant à sa manière, un livre, l'admiration du paysage, de la musique, un film... Le train s'arrête, on fait attention de ne pas trop bousculer les gens autour de soi, on semble sortir d'une bulle après être resté enfermé dans la musique. Tout le monde descend sans se préoccuper des autres autour, des regards se croisent mais son vide symboles d'une lassitude de ses voyages quotidiens, d'autres sont émerveillés de découvrir l'immensité de cette gare qui ressemble à une fourmilière, d'autres encore se cherchent et c'est la joie des retrouvailles, embrassades à la clé. Il est ici, elle, est déjà loin, à l'autre bout du quai. Elle se retourne, cherche à l'apercevoir sans grande conviction vu la foule ; il l'a vu, tend le cou. Leurs regards se rencontrent, une dernière fois peut-être. Son frère, à lui, arrive et le prend dans ses bras, il faut dire que cela fait trois mois qu'il est parti, il revient pour les vacances. Tout cela lui semble lointain, comme irréel, il répond à peine aux questions, prétexte que le voyage était long et fatigant, mais il ne pense qu'à une seule chose : la reverra-t-il un jour ? Elle s'est retournée, elle part, une correspondance à ne pas rater, quelqu'un qui l'attend de l'autre côté de la gare ou peut-être qu'elle rentre seule.

Quelque chose d'assez irréel venait de se passer entre eux, ils savaient qu'ils ne se reverraient sans doute jamais, mais aussi que quelque chose de très fort s'était passé entre eux alors qu'ils n'avaient échangé que des regards... Mais chacun partit pour retourner à sa petite vie.

Les jours passèrent, Arthur n'arrive pas à oublier cette jeune femme alors qu'il sait qu'il n'a aucun moyen de la retrouver. Quand il sort dans la rue, quand il prend le train ou les transports en commun, il la cherche des yeux, croit l'apercevoir et se rend compte que ce n'est pas elle.

Les semaines passèrent, ses amis commencent à le trouver bizarre d'être sans cesse dans les nuages, lui toujours avec le mot pour rire, toujours joyeux qui remontait le moral des autres même quand il n'allait pas bien. Depuis quelques temps il semblait ailleurs, préoccupé mais quand ils lui demandaient, il leur disait que tout allait bien, qu'ils n'avaient pas à s'inquiéter. Tout de même convaincus que quelque chose ne se passait pas comme il le voulait, ses amis se dirent qu'il fallait lui trouver une petite-amie. Arthur cherchant le plus souvent à être dehors ne s'opposa pas à quelques sorties entre amis bien au contraire mais comme à son habitude il continuait de chercher du coin de l'œil la belle inconnue du train. Lors d'une de ces soirées, il rencontra Anna avec qui il sympathisa rapidement, à la plus grande joie de ses amis, et passa la soirée à ses côtés à boire, discuter, danser et reboire. Finalement ils rentrèrent tous les deux. Il partit de chez elle assez tôt en essayant de ne pas la réveiller, ce qu'il réussit, et lui laissa un mot dans lequel il lui disait qu'il avait passé une très bonne soirée en sa compagnie mais qu'il cherchait une personne en particulier. Il lui laissa aussi son numéro de téléphone car, vraiment, il l'avait trouvé très gentille et c'était très agréable de parler avec elle, alors si elle voulait bien ne le considérer que comme un ami, elle pouvait l'appeler quand elle voudrait. Lorsque Louis, Paul et Julie le lendemain lui demandèrent comment s'était passée sa soirée et s'il allait revoir Anna, il leur dit la même chose qu'il avait dit à Anna sur le post-it. Ils parurent un peu déçus mais après tout, pourquoi pas. C'est donc convaincus que ces soirées lui feraient du bien qu'ils l'emmenèrent régulièrement avec eux. Alors Arthur rencontra Lisa, Marine, Alix, Juliette, Caroline... qui furent toutes des aventures sans lendemain au grand dam de certaines car il faut le dire Arthur avait ce quelque chose qui fait craquer les filles et qui fait rager les hommes. Le jeune homme s'amusait comme il l'avait rarement fait, et se rendait compte que ses amis s'inquiétaient toujours, alors il essaya de dissimuler son trouble le plus souvent sans pour autant cesser de penser à elle.

Trois mois passèrent, Arthur eut une réponse positive pour le travail qu'il attendait, il allait enfin devenir journaliste, certes pour le journal de sa région mais journaliste quand même. Il rayonnait quand il annonça la bonne nouvelle à ses amis qui se réjouirent et se dirent qu'enfin peut-être il allait redevenir « normal ». Les premières semaines, il se concentra totalement dans son travail et puis un jour il crut apercevoir sa silhouette dans un magasin et son trouble revint comme s'il n'avait jamais disparu, ce qui était sans doute le cas d'ailleurs. Ne voulant tout de même pas gâcher sa chance dans le journal, il prit sur lui et continua de faire comme si de rien n'était.

De son côté Lila était, disons plus raisonnable, plus terre-à-terre alors qu'Arthur était rêveur et dans les nuages, elle non plus ne cessait de penser à ce jeune homme avec qui elle avait voyagé sans échanger un seul mot mais elle savait aussi que les chances de le revoir étaient vraiment minimes, alors elle vivait sa vie. Parfois elle rêvait qu'il venait frapper à sa porte et lui disait qu'il ne l'avait pas oublié mais très vite elle redescendait sur Terre en se disant que certainement il l'avait oublié depuis longtemps et puis même si non comment pourrait-il ne serait-ce qu'espérer la retrouver ? Et puis il y avait Antoine qui lui tournait autour depuis quelques mois et qui avait enfin réussi à l'inviter à dîner le vendredi suivant. Elle aimait bien Antoine pourquoi ne pas essayer de sortir avec lui ? Elle avait envie de changement, elle lui avait déjà dit oui de toute façon pour le dîner.

Les semaines passèrent encore, Lila sortait avec Antoine mais plus le temps passait plus elle se rendait compte qu'il ne lui correspondait pas tant que ça. Le problème était que lui paraissait vraiment heureux et ça lui faisait bizarre de devoir lui briser le cœur, elle l'aimait bien, elle ne voulait pas lui faire de mal ni perdre son amitié. Elle ne savait pas quoi faire si ce n'était qu'elle savait qu'ils ne pouvaient pas rester ensemble ce serait lui faire plus de mal qu'autre chose. Quand elle était soucieuse, Lila allait courir. C'est donc ce qu'elle fit ce matin là...

Elle aimait se promener le long de la rivière si claire malgré toute la pollution qui régnait alentour et cet endroit lui paraissait toujours si paisible qu'elle en ressortait à chaque fois plus sereine. Mais ce jour là elle n'avait pas les idées claires, elle fit quelques étirements et s'assit sur un banc. Le parc était vide de si bon matin, le soleil allait se lever d'une minute à l'autre, l'horizon se teintait de rouge et la douce lumière se reflétait sur la surface de la rivière. Tout à coup un oiseau se posa délicatement sur le banc à ses côtés, il y restait quelques miettes dont il se régala tout en restant aux aguets. Lila se mit à lui parler, à lui raconter pourquoi elle était là, l'oiseau semblait l'écoutait sans rien dire. C'est alors qu'un petit chien surgit et atterrit sur les genoux de la jeune femme en essayant d'attraper l'oiseau.

- Eh Lucky, reviens là ! Excusez-moi mademoi... Arthur ne finit pas sa phrase et resta planté bouche bée pendant quelques secondes.
- Oh ne vous inquiétez pas ce n'est rien, votre chien m'a juste coupé en plein conversation avec un petit oiseau mais rien de bien important rassurez-vous ! enchaîna Lila en caressant le petit chien qui commençait à lui lécher la main. Puis elle releva la tête.
- Mais on se connait...
- ...
Arthur s'assit à côté d'elle et la regarda droit dans les yeux. C'était elle, la femme dont il rêvait depuis des mois était là et lui parlait.
- Oui, on se connait et j'ai l'impression de vous connaître depuis si longtemps.
- Je me souviens de vous, dans le train quand je revenais de mes vacances à Bordeaux, quelle drôle de coïncidence de se retrouver ici.
- Vous allez certainement me trouver bizarre mais je n'ai cessé de penser à vous depuis ce jour là, tous les jours j'espère vous retrouver et enfin vous voilà...
- ... A vrai dire je ne vous avais pas oublié non plus mais je ne pensais pas vous revoir un jour.
- Vous permettez que j'essaie quelque chose ? Elle opina un peu surprise et alors il lui prit doucement le visage et l'embrassa.
- Oulala pas si vite ! Vous avez l'impression de me connaître mais on ne se connait pas en fait.
- Je je suis désolé, mais j'en rêve depuis longtemps et je voulais m'assurer que vous étiez réelle, pardonnez moi.
- Vous êtes pardonné et puis ce n'était pas si désagréable... Mais je ne sais même pas comment vous vous appelez.
- Arthur, je m'appelle Arthur, j'ai 23ans et je suis journaliste et vous ?
- Enchantée, moi c'est Lila, également 23ans et je suis en dernière année de Master de droit.
Ils continuèrent de discuter pendant un long moment jusqu'à ce que le ventre de Lila les ramène à la réalité.
- Vous avez faim ?
- Oui, je suis partie courir avant de petit-déjeuner.
- Je vous invite, suivez-moi je connais un petit café sympa pas trop loin.

Au café, la discussion continua, ils se découvraient doucement alors qu'ils paraissaient se connaitre depuis des années. Soudain le portable d'Arthur sonna, c'était Anna avec qui il était finalement devenu ami et à elle seule il avait raconté ce qui le tourmentait tant. Il lui répondit avec un enthousiasme non caché et lui raconta son improbable rencontre en deux mots, elle comprit aussitôt et raccrocha rapidement non sans lui avoir fait promettre de tout lui raconter. Ils en vinrent à parler de leur vie amoureuse. Arthur lui dit qu'il avait connu plusieurs filles mais qu'aucune ne semblait lui correspondre vraiment. Lila quant à elle hésita avant de lui parler d'Antoine, mais se sentant en confiance avec ce presque inconnu lui raconta ce qu'elle ressentait en ce moment. Et se dit intérieurement qu'elle venait de trouver une bonne raison de le quitter, restait encore la manière de lui annoncer. Ils échangèrent leur numéro car Lila avait cours dans une heure et qu'elle devait passer prendre une douche. Un rendez-vous fut prit pour le lendemain dans ce même café.
Arthur rayonna tout au long de la journée, il trouva même à sa patronne un certain charme impossible à imaginer en temps normal. Il retrouva Anna le midi et lui raconta donc la rencontre, puis il se mit à douter, qu'allaient-ils faire maintenant ? Lila avait-elle vraiment envie de le revoir, c'est lui qui avait proposé le rendez-vous du lendemain ? Anna le rassura en lui disant que si elle ne voulait pas elle aurait prétexté un rendez-vous ou un petit ami. Il lui dit qu'elle devait avoir raison et repartit travailler parce qu'il ne fallait tout de même pas qu'il perde son travail.

Lila, elle, se sentit légère tout au long du trajet jusqu'à la fac et eut du mal à suivre les cours. Elle rejeta tous les appels d'Antoine, n'avait vraiment pas envie de lui parler en ce moment, il faudrait bien pourtant, il finirait peut-être par comprendre tout seul si elle n'acceptait pas ses appels, peut-être. Elle y penserait plus tard. Le soir elle débarqua en trombe chez Anaïs sa meilleure amie qui était tranquillement en train de manger devant son canapé. Elle oublia rapidement son dîner quand Lila commença à lui raconter sa matinée. A un moment Anaïs se redressa, elles étaient toutes deux allongées par terre sur le très épais tapis de la jeune femme.

- Et Antoine ? Tu vas lui dire quoi ?
- ... Et bien justement je ne sais pas comment lui dire, de toute façon ça fait un moment que je veux lui parler mais je ne sais pas comment m'y prendre. Mais il faut que je prenne mon courage à deux mains et que je lui dise que ça ne peut pas durer entre nous.
- Attends peut-être de voir si ça marche avec Arthur non ?
- Non même avant j'envisageais déjà de le quitter, Arthur me donne le prétexte.
- C'est toi qui sais. En tout cas n'y pense pas demain et profite simplement car tu as l'air d'avoir quinze ans ma belle et ça me fais drôlement plaisir !

Elles passèrent la soirée ensemble à manger des fraises Tagada et à se laisser emporter par les souvenirs de leurs quinze ans.

Le lendemain, dix heures précises, Arthur était là une petite rose blanche dans la main, il avait longuement hésité chez le fleuriste, savait qu'il ne fallait pas qu'il prenne une rose rouge, cela faisait trop amoureux, c'était trop tôt, avait expliqué son cas au vendeur qui lui avait conseillé la rose blanche. Lila arriva un peu essoufflée, elle venait de quitter son cours et la fac n'était pas tout près. Elle respira pour reprendre son souffle et s'excusa de son retard. Arthur lui dit que ce n'était pas grave du tout, le principal étant qu'elle soit là. Il sortit la rose de derrière son dos et la lui offrit. Et parut surprise et heureuse à la fois.

- Oh merci tu es adorable, j'adore les roses blanches en plus ! Ils étaient passés au tutoiement lors de leurs conversations par texto de la veille.
- J'ai beaucoup hésité je ne savais pas laquelle prendre, j'irai remercier le vendeur de m'avoir bien conseillé.

Elle effleura sa joue d'un baiser. Il rougit et proposa qu'ils entrent. Ils restèrent deux heures dans le petit café près du par cet n'avaient pas très envie de repartir. Il fallait bien pourtant. Arthur proposa de la ramener, il avait sa voiture juste à côté. Elle accepta avec joie. En sortant de la voiture, Lila ne put s'empêcher d'embrasser tendrement Arthur avant de lui dire qu'elle voulait qu'ils se revoient le plus vite possible. Ce à quoi il ne put répondre que par un hochement de tête. Elle sourit et partit. Arthur rentra également le cœur léger, l'esprit un peu embrouillé.

Devant la porte de la salle, Antoine était là en train de l'attendre. Quand elle le vit, Lila s'arrêta net. Ce n'était pas le moment, elle savourait encore ce superbe moment et ses lèvres avaient encore le goût des siennes, celles d'Arthur bien sûr.

- Bon de toute façon il fallait que je lui parle alors pourquoi pas maintenant ? parce que j'ai cours sans doute, tant pis je le rattraperais, comme ça ce sera fait je n'aurais plus à culpabiliser.

Elle respira un grand coup et s'avança vers lui. Quand il essaya de l'embrasser, elle détourna la tête et prenant son courage à deux mains lui expliqua la situation sans parler d'Arthur au début puis voyant qu'il ne semblait pas vraiment comprendre, ou plutôt ne voulait pas comprendre, lui dit qu'elle avait rencontré quelqu'un. Qu'elle était désolée, qu'elle ne voulait pas lui faire de peine mais qu'ils n'étaient pas faits pour être ensemble, qu'il allait trouver quelqu'un qui lui correspondait plus parce qu'il était une personne adorable et qu'il méritait comme tout un chacun d'être heureux. Il ne s'attendait pas à cela ça se voyait à son expression, il traversa, seul, le couloir de la fac avant de regagner sa voiture. Finalement la conversation n'avait pas duré longtemps et Lila pu rentre dans la classe en prétextant un retard du bus. Encore une fois elle eu du mal à suivre le cours, tant pis elle demanderait à Marie de lui expliquer plus tard.

Pour l'instant elle savourait, elle anticipait toutes les choses qu'ils pourraient faire ensemble...

Arthur était allongé sur son lit, en travers, il devrait être en train de travailler sur un article mais il verrait plus tard, il avait encore deux jours pour le faire, pour l'instant il savourait d'avoir enfin retrouvé cette inconnue rencontrée dans un train, un jour banal, et qui l'avait tant marqué. Aujourd'hui il avait son numéro de téléphone, il l'avait accompagné à la fac et elle l'avait embrassé, que rêver de mieux ?...

Posté par Flofairy à 15:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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